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Blackfoot, western en cinémascope

Auteur(s) :
Philippe Bringel

Date : 12/06/2018

Notre élule du mois de juin, le projet Blackfoot, est en financement jusqu’au 2 juillet. Pour vous donner envie de mettre les pieds dans son Far West peuplé de créatures fantastiques, Philippe Bringel, dessinateur et co-scénariste de Blackfoot, nous a raconté les coulisses de sa série.

L' amour du western comme moteur

Comment est né Blackfoot ?

Philippe Bringel : Blackfoot est né d’un dessin. Alors que je dessinais pour le plaisir, comme il m’arrive souvent de le faire, la silhouette d’un cow-boy a surgi instinctivement sans que j’y réfléchisse. Puis il est revenu à plusieurs reprises. C’est comme ça qu’est né le personnage. Puis, le projet de BD a suivi seulement une année plus tard. Son nom Blackfoot est venu de lui-même car le bas de ses jambes était toujours, involontairement, noir dans mes premiers dessins.

J’aime le western depuis toujours. Enfant, j’ai d’abord été marqué par le cinéma : les westerns de l’âge d’or américain (les classiques de Ford, Sturges, Mann, Hawks…) puis par les westerns spaghetti (Leone, Baldi, Corbucci, Parolini…) produits en Europe. Mais, pour moi, le western c’était aussi des séries télé comme Les mystères de l’Ouest, Bonanza ou encore Au nom de la loi. Côté lecture il y avait de nombreux fumettis (BD italienne) que je dévorais comme Rodéo, Tex, La route de l’Ouest.

Comment composez-vous la série avec Belya Dogan, votre co-scénariste ?

Une fois le héros de bande dessinée né, j’en ai discuté avec Belya qui était emballée par l’idée de s’aventurer dans ce genre, dont elle est fan. J’ai ébauché un story-board rapide, puis nous avons échangé. Nous avons posé ensemble l’univers qui conviendrait à ce personnage, dont nous avons ensuite défini la personnalité et l’histoire. Puis nous sommes passés à la rédaction du scénario. La série a démarré avec un premier album de 120 pages (paru en 2016) qui nous aura demandé près de 2 ans de travail.

Notre méthode de travail n’a pas beaucoup changé depuis même si nous travaillons plus vite puisque nous connaissons exactement le personnage et ses antagonistes. L’autre particularité de la série Blackfoot Retcon est que ses 3 BD proposent de remonter le fil du temps pour révéler le secret qui relie Blackfoot et le mystérieux Docteur dont le lecteur fait la connaissance dans la première BD.

Comment le fantastique s’est-il invité dans votre univers ?

Le fantastique s’est tout naturellement invité dans ce récit car c’est un genre qui m’attire depuis toujours. Mes premières peintures, mes BD, mes livres jeunesse et mes illustrations portent presque toutes la marque du fantastique à des degrés divers.

Dans la série Blackfoot, les monstres et les freaks qui croisent son chemin, ont presque tous un lien direct avec le fil rouge qui relie le Docteur et Blackfoot. Mais pas uniquement, car ils sont aussi le fruit des peurs, des superstitions et des maladies qui ravageaient l’ouest américain, et le monde en général, de la fin du XIXe siècle. Nos freaks ne sont pas systématiquement monstrueux et cruels, ils peuvent être torturés, troubles et parfois plus humains que les autres personnages. Nous avons à cœur de ne pas utiliser ce type de personnages pour le graphisme ou le sensationnalisme, ils ont toujours une épaisseur et un intérêt narratif.

Pourriez-vous résumer la grande quête de Blackfoot ?

Même si chaque livre peut être lu séparément au sein de la série, il y a bien un fil rouge entre chaque album. Ce fil rouge est incarné par Blackfoot. Depuis qu’il s’est réveillé le matin du 17 novembre 1861 blessé et complètement nu dans la boue d’une ruelle malfamée il n’a plus aucun souvenir. Depuis cette date il n’est plus tout à fait un être humain comme les autres. Quatorze ans plus tard il s’apprête à rencontrer celui qui pourrait répondre aux questions qui le rongent. Mais court-il après le bon coupable ? Pourquoi les monstres et les freaks semblent semer partout des indices sur sa route ?... C’est en tissant la trame des 14 dernières années que les lecteurs auront les réponses à ses questions. Et il se pourrait bien que les monstres, les vrais ne soient pas ceux qu’on croit.

La BD comme au cinéma

Pourquoi avoir choisi le format cinémascope et le noir et blanc ?

Le format cinémascope s’est imposé de lui-même lors de la réalisation des premiers story-boards. Le western est un genre qui a vraiment mûri sur grand écran au cinéma et a apporté ses lettres de noblesse au format panoramique. Quoi de mieux pour rendre compte de l’immensité des paysages de l’ouest américain, du mouvement mais aussi des corps à corps ou des faces à faces légendaires ?

Pour le noir et blanc, ce fut un plus long cheminement. J’ai hésité un temps à mettre les cases en couleur. Mais après quelques tests, il s’est avéré que le noir et blanc avait un meilleur rendu pour distiller les lumières. Les textures tachées d’encre et d’aplat de blanc sont venus parachever les cases pour donner la densité des matières...

Chaque choix que nous faisons pour réaliser une unité graphique dans une BD implique forcément des contraintes. Certains incontournables du genre doivent être suggérés plus que représentés : en l’absence de couleur le sang est ici noir, les couchés de soleil jouent dans les intensités de gris, les vues verticales doivent être composée de manière à ne rien perdre de leur force dans des cases horizontales, etc.

Pourriez-vous décrire votre travail sur les textures et son influence sur l’ambiance de votre série ?

L’ambiance d’un film est entre autre l’affaire du chef lumière sur un plateau de cinéma. Les textures jouent un peu le même rôle dans Blackfoot. Une fois les dessins des planches encrées, je passe à l’étape de la texture. Equipé de mes encres noires diluées en différentes intensités et armé de mes brosses et éponges, je travaille chaque case manuellement. Finalement ça ressemble beaucoup à une colorisation classique sauf que je ne dispose que d’une seule couleur déclinée en une infinité de nuances différentes.

Pour les planches, il y a un avant et un après. Les textures apportent de la perspective, de la vie aux matières, de la profondeur aux différents plans. Mais elles confèrent aussi à toute la surface de la case un rôle narratif. Le vide, ainsi habillé, contribue à donner vie à l’atmosphère plus ou moins oppressante que je souhaite donner à chaque case.

Pourquoi avoir choisi la plateforme Ulule pour votre financement ?

Nous avons choisi le site Ulule simplement car nous avons déjà réalisé plusieurs projets sur cette plateforme. Plus largement nous avons opté pour le crowdfunding car c’est actuellement un des moyens idéal de présenter et de faire connaître un projet directement aux premiers intéressés : les lecteurs.

On espère d’ailleurs qu’ils seront nombreux à être curieux et à venir découvrir la page de campagne et à la partager.

Toutes les images qui illustrent cette interview sont signées Philippe Bringel et comprises dans différentes contreparties du financement Ulule.

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Commentaires (1)

joli article

Posté le 11/07/2018 à 17h53