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Carole Maurel entrainée par les airs de Mr Bojangles

Auteur(s) :
Carole Maurel

Lors de sa sortie en 2016, le roman En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut avait touché par sa poésie tendre et fragile. Un an après la scénariste Ingrid Chabbert et la dessinatrice Carole Maurel mettent cette beauté en image dans une BD. Cette dernière nous raconte les coulisses de ce projet d’adaptation, entre appréhension du lecteur et goût pour l’expérimentation et la spontanéité.

S’emparer d’une œuvre à succès

Comment a démarré ce projet d’adaptation ?

Carole Maurel : Alors que je terminais l’album Ecumes en compagnie d’Ingrid, notre éditrice chez Steinkis, Célina, m’a proposé d’enchainer sur l’adaptation d’En attendant Bojangles. Mon dessin avait déjà été montré à Olivier Bourdeaut, l’auteur du roman, qui l’a apprécié.

À l’époque, je voyais le livre partout mais je ne l’avais jamais lu. Une fois que je l’ai commencé, je l’ai dévoré d’une traite et j’ai d’emblée apprécié l’univers assez affirmé qu’il contenait.

Comment s’est déroulée la composition avec Ingrid Chabbert, la scénariste ?

Avant d’attaquer le dessin, il fallait que le scénario soit un minimum abouti, pour qu’on ait une estimation du nombre de planches. Je ne fonctionne pas systématiquement comme ça, mais il y avait des contraintes éditoriales qui nous obligeaient à prendre en compte ce paramètre. Pour l’adaptation, Ingrid a fait des choix qui tiennent la route, bien qu’on ait été amenées à trahir un peu le roman, étant donné que son approche narrative n’est pas la même qu’en BD.

Est-ce que le regard d’Olivier Bourdeaut vous a guidée sur la réalisation de la BD ?

Pas tellement. Les échanges se sont fait par l’intermédiaire des éditrices. Il a eu connaissance du scénario une fois écrit, et a vu les premières recherches graphiques ainsi que le story-board. Ca nous a donné pas mal de liberté, car il n’y avait pas l’œil de l’auteur qui nous surveillait par-dessus l’épaule. En plus, il nous a écrit une chouette préface ce qui assoit une certaine légitimité alors qu’Ingrid et moi n’avions jamais fait d’adaptation BD.

Quand on embarque dans ce genre de projet, on s’inflige toujours une sorte de pression : on se demande si les lecteurs du roman vont être satisfaits. Mais au fil des dédicaces pour En attendant Bojangles, j’ai réalisé que les gens qui venaient me voir ne connaissaient pas forcément le livre et que cette BD permettait de créer une passerelle entre deux lectorats différents. Finalement, au-delà de répondre aux attentes des lecteurs du roman, un autre enjeu de l’adaptation s’est présenté à moi : il fallait se conformer aux personnes qui n’avaient pas lu le livre.

Il s’agit certes de votre première adaptation, mais pas votre première BD à quatre mains. Qu’est-ce qui vous attire dans ce type de projet ?

C’est toujours enrichissant de travailler avec d’autres auteurs et d’avoir un regard extérieur à notre travail. On prend du recul sur ce qu’on fait, surtout lorsqu’il s’agit de choses difficiles, comme la scénarisation pour ma part...

Puis c’est l’occasion de travailler sur des univers que je n’aurais jamais approchés auparavant. L’optique était différent avec En attendant Bojangles, car l’univers d’Olivier s’est clairement greffé à l’écriture. Mais travailler avec Navie, Chloé Vollmer-Lo et d’autres scénaristes m’a permis de m’affranchir de certaines contraintes techniques.

Une poésie pleine de failles

En attendant Bojangles raconte l’histoire des trois membres d’une famille : la mère, le père et le fils. Comment les avez-vous composés ?

À vrai dire il n’y a pas eu beaucoup de recherche graphique à faire, les visages se sont imposés assez spontanément, vu que le texte était déjà assez évocateur. J’ai donc naturellement imaginé la mère grande, brune, exubérante, avec une élégance assez affirmée. Mais j’ai pris le parti d’ajouter des détails qui la trahissent, sans qu’ils n’apparaissent dans les descriptions du livre, comme une touillette dans les cheveux, ou bien des chaussures dépareillées ! [Rires]

Pour le père, je me suis basée sur les descriptions du cavalier revenant dans beaucoup de passages. Le petit garçon, quant à lui, ressemble certes beaucoup à la mère, mais il a été fait de tics graphiques et de morceaux de bouilles familières que je suis habituée à dessiner.

Quelles scènes avez-vous préféré dessiner ?

J’ai particulièrement adoré celles qui se déroulent en Espagne ou celles qui laissent entrevoir le trouble de la mère, avec lesquelles j’ai l’impression de pouvoir expérimenter beaucoup. Elles sont plus de l’ordre du ressenti, ce qui les rendent plus intéressantes à illustrer.

La couleur s’avère importante dans la narration. Comment l’avez-vous travaillée ?

C’est un peu difficile à expliquer mais je l’ai pressentie en lisant le roman. Le récit n’est pas daté, bien qu’on le situe durant les années 70-80. Toutefois j’avais envie de donner aux planches une couleur plus nostalgique, plus vintage. D’où les trames à l’ancienne sur les effets aquarellés, sachant que je travaille essentiellement à la palette graphique. J’ai utilisé à peu près la même technique que pour Collaboration Horizontale. Ce rendu aidait aussi à retranscrire l’ambiguïté des personnages, en particulier de la maman. Plus on avance dans le récit, plus la gravité prend de l’ampleur et les couleurs empruntent ce même virage.

Dans le roman, on sent le basculement entre l’insouciance de la famille vers la dure réalité qui l’entoure… Est-ce qu’il a été difficile de mettre cet aspect en scène ?

Surtout qu’il se manifeste par le regard de l’enfant, or la voix off dans la BD n'apparaît presque pas. Ça m’a demandé beaucoup de temps de rappeler graphiquement ce point de vue et toute la poésie qu’il inspire, notamment avec la musicalité et les airs de Bojangles qui rythment le roman. Heureusement on pouvait jouer sur les mouvements des personnages qui dansent et puis on a pu ponctuer par des notes, qui collaient bien graphiquement à la BD.

D’autres projets en vue ?

Un projet que je prépare pour Rue de Sèvres, en compagnie de Fabrice Colin. Il s’agit d’une histoire post-apocalyptique pour les adolescents, qui se rapproche graphiquement de ce que j’ai fait avec L’Apocalypse selon Magda. À côté j’ai des petites idées restées à l’état embryonnaires. À travers elles, j’espère me remettre progressivement à l’écriture !

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