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Yannick Corboz et la quête de la spontanéité

Auteur(s) :
Yannick Corboz

Lieu : Festival d'Angoulême

De passage au festival d’Angoulême, Yannick Corboz, dessinateur au trait séduisant, présentait le premier tome de l’adaptation de la série de polars Brigade Verhoeven en BD. Comment concilier poseur de bombes, enquête haletante et personnages complexes en 70 pages ? Ce dessinateur nuancé nous raconte les coulisses de Rosie, premier tome d’une série prometteuse.

De l’animation à la bande dessinée

Comment êtes- vous venu à la bande dessinée ?

Yannick Corboz : J’ai fait l’école Emile Cohl à Lyon et je me destinais à l’animation. J’adorais la BD mais je ne voulais pas forcément en faire, car je pensais que c’était trop dur parce que c’est un travail complet, il faut être fort dans plein de choses, savoir gérer son temps. J’ai donc commencé comme animateur dans le jeu vidéo, où j’ai rencontré Nicolas Pothier, qui écrit aussi des scénarios et dessine. On s’est bien entendu et il m’a proposé de faire des histoires courtes pour Bodoï alors que je travaillais dans le jeu vidéo ! On en a fait 3 ou 4, ça m’a rassuré.

Au bout de trois ans, j’ai arrêté le jeu vidéo pour faire des illustrations à mon compte. Je faisais, entre autres, des planches de snowboard. Avec Nicolas, on a publié un recueil de ces histoires avant d’enchaîner sur un premier album complet autour de Woody Allen. Il m’a permis de mettre un pied dans la BD, pour ne plus la quitter !

Comment êtes-vous arrivé sur l’adaptation en BD de Brigade Verhoeven ?

Quand Rue de Sèvres m’a contacté pour ce projet, je ne connaissais pas Pierre Lemaitre, à part son roman Au revoir là-haut qui a eu le Prix Goncourt 2015. J’ai donc immédiatement lu les quatre livres de cette série. Alex, deuxième dans la série de romans mais troisième dans la série BD, m’a le plus enthousiasmé. Pourquoi l’ordre de la série a été modifié pour la BD ? Pascal Bertho, le scénariste qui a fait un immense travail d’adaptation sur les romans pour en tirer les BD, a eu l’idée de changer l’ordre des histoires pour une lecture plus fluide.

Actuellement je travaille sur le deuxième tome de la série, Travail soigné, qui est le premier écrit par Pierre Lemaitre. Comme ce volume est très dur, avec plein d’action, Bertho a eu l’idée de commencer la série par Rosie où on met en avant les membres de la brigade, notamment Camille Verhoeven et son passé.

On met en avant aussi les autres personnages de la brigade, plus effacés dans le roman Rosie et John pour les présenter pour la suite de la série. Et bien sûr, ils ont tous des traits particuliers que j’ai travaillés avec Bertho et notre éditrice.

Et comme il a fallu orchestrer le tout en 70 planches, on a fait de nombreux choix pour garder les thématiques et sujets abordés par le roman et les transposer dans un autre espace-temps.

L’adaptation graphique de cette série vous a-t-elle demandé une méthode particulière ?

Mes méthodes évoluent constamment. Je travaille complétement différemment par rapport à il y a 10 ans. Sur Brigade Verhoeven, j’ai opté pour la tablette graphique et j’ai dû faire de très nombreux choix graphiques pour exprimer la psychologie des personnages, souvent complexe.

Comme dans un roman, on peut davantage développer la psychologie des personnages qu’en BD, on s’est focalisés sur Camille, qui est beaucoup plus sombre dans sa version romanesque. J’ai donc fait de nombreux essais sur le look du personnage et son attitude.

Pour cela, je travaille le story-board en parallèle du physique des personnages, pour faire ressortir leurs traits de caractère. Le personnage vient de manière assez intuitive mais c’est très subjectif ! C’est pour cela que je fais valider ce travail par Bertho et notre éditrice... Alors quand on a reçu un message de Pierre Lemaitre qui nous disait qu’il était très content de l’album, c’était gagné ! Il a ajouté qu’il ne voyait pas du tout Camille Verhoeven comme ça mais qu’il a apprécié la manière dont on l’a créé.

Le dessin en perpétuel changement

Le dessin est très présent dans l’album, que ce soit les croquis de Camille Verhoeven ou les peintures de sa mère. Comment avez-vous abordé ce dessin dans le dessin et unifié le tout ?

Les croquis sont basés sur des recherches de personnages que j’ai faites et que j’ai mises sous Photoshop, quant aux peintures, elles ne sont pas moi mais d’Erwan Fages !

Grâce à deux coloristes de talent, Sébastien Bouët et Fabien Blanchot, l’ambiance est à l’honneur avec son côté acide, elle unifie l’ensemble, tout en gardant l’esprit de l’histoire et du dessin. Un vrai travail d’équipe, plein d’allers-retours ! Grâce au souci du détail chez Rue de Sèvres, on a pu créer un album qui se tient : j’ai même recommencé des planches pour que ce soit beaucoup plus lisible et fluide !

D’ailleurs, j’ai un problème dans la finition ! Je ne suis pas un perfectionniste donc je ne vais pas travailler les détails spontanément... [Sourire]

Que changerez-vous pour le tome suivant ?

Pour le deuxième tome, je cherche une spontanéité dans le travail : j’évite les plans trop compliqués, je cherche à dynamiser et à fluidifier la lecture. Et j’aimerais garder la spontanéité qu’on perd souvent du story-board à l’encrage. Comme David Prudhomme, par exemple, arrive à avoir des albums qui sont ultra fluides sans avoir l’air de forcer. Je voudrais qu’on ne voit pas le travail derrière. En fait, je deviens perfectionniste !

Quelles influences vous guident ?

Dans le dessin, il y a toujours des choses à découvrir ! Je recherche une certaine poésie dans le dessin. Comme chez Victor Hugo qui a été un très grand dessinateur, les impressionnistes qui ont quelque chose de spontané même avec un réel travail derrière. Quand je vois des tableaux de Monet ou Toulouse-Lautrec, j’ai des émotions terribles ! En fait, j’aime la BD, la peinture et l’illustration, surtout les illustrateurs américains du début du XXe siècle.

Mon directeur d’école me disait : « On est grand sur les épaules des autres ». Ca me motive et me donne une certaine force. Pareil pour le fait de côtoyer d’autres auteurs à Angoulême !

Pour Brigade Verhoeven, je suis plus dans de la BD traditionnelle franco-belge. J’ai toujours été très admiratif du travail de Loisel et de Giraud. Je ne vais pas me fondre dans leur style mais je me rapproche de leur rythme dans la façon de découper l’album, avec 8-9 cases par planches en trois ou quatre strips avec des panoramiques.

Quels sont vos projets en cours en plus de la suite de la série ?

En plus du tome suivant, je travaille sur un album de BD pour enfants chez Delcourt (sortie prévue 2018 sans certitude) aux Enfants Gâtés. Ce sera un conte un peu médiéval dans un album plus grand mais avec moins de pagination...

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