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Colts et pompes funèbres

Date : 29/01/2015

Lieu : Angoulême

« Le meilleur western depuis Blueberry » proclame l'autocollant en couverture. Undertaker le dernier album de Xavier Dorison et Ralph Meyer n’a pas volé son slogan d’après Serge, notre chroniqueur qui en fait l’un de nos coups de coeur de la semaine. Retour sur l’écriture d’un western sombre, original et à l’image de son héros : un peu cabotin...

Réinventer le western

Qu’est ce qui vous a donné envie de vous essayer au western ?

Xavier Dorison : Ralph avait très envie de faire un western où le héros serait un croque-mort. Il m’en a parlé au moment où l’on finissait XIII Mystery et je trouvais l’idée intéressante et ironique. À partir de là, on a réfléchi tous les deux à ce qu’un croque-mort pourrait faire et à ce qui pourrait lui arriver, et l'idée d'Undertaker est venue !

Ralph Meyer : Ce personnage récurrent dans le western n’a jamais le premier rôle, ce qui permettait d’apporter quelque chose de nouveau dans cet univers ultra-codifié. On lui a donc créé a une identité graphique très forte, très esthétique.

Quelles ont été vos contraintes pour cette histoire ?

Ralph Meyer : Le western est un genre très exigeant, tant au niveau du scénario que graphiquement. Quand on décide de se lancer dans un western premier degré, assumé, il faut un certain courage.

Xavier Dorison : Dans Asgard, on avait un monstre qui permettait des scènes spectaculaires, en plus du plaisir de la découverte d’un univers. Là, en revanche, le public nous attend au tournant : comment Ralph va dessiner un cheval, un flingue, des montagnes ou même un saloon ! Des choses qu’ils ont déjà vues 2000 fois. C‘est effectivement plus de contraintes, mais en même temps, c’est amusant de s’imposer ce défi !

Quels codes du western vouliez-vous dépasser ?

Xavier Dorison : J’ai vu certains codes comme des passages obligés. Le duel par exemple : quand un type arrive dans une ville et déroge aux règles locales, on va forcément vouloir lui tirer dessus. Pas parce que c’est un western, mais parce que c’est logique. Avec un shérif pourri et un Undertaker cabotin et indépendant, c’est inévitable ! Ce que l’on cherche à éviter ce sont les clichés. C’est pour ça que je ne fais pas se dérouler ce duel en plein jour, dans une rue principale déserte.

Ralph Meyer : Effectivement, si l’Undertaker arrivait dans le saloon, commandait un whisky et entendait « Tu f’rais mieux de quitter la ville, étranger », le cliché serait énorme. Par contre, que l’Undertaker arrive au saloon accompagné d’un vautour à qui il fait servir un steak nous paraissait assez drôle.

Quelles ont été vos influences principales ?

Ralph Meyer : Blueberry évidemment ! Mais de façon plus large, toute l’école du réalisme franco-belge, de Jijé en passant par Giraud jusqu’à Christian Rossi, François Boucq, etc. Je tends naturellement vers cette filiation, mais j’essaie de m’en détacher au fil des albums, comme Giraud a pu faire avec le style de Jijé à ses débuts. Il faut vraiment digérer les codes du western avant de développer un style original dans le genre !

On sent que vous avez développé un véritable sous-texte dans cette ville…

Xavier Dorison : À partir du moment où un seul homme s’enrichit pendant que les autres crèvent littéralement la dalle, les tensions sont inévitables. Nous avions besoin de montrer les conditions de vie de la population. Ce n’est pas un hasard si l’Undertaker arrive en ville alors qu’un filon vient de s’effondrer !

Ralph Meyer : C’est l’éternel équilibre entre ce qui est légal et ce qui est juste. En plus, il y a des arguments recevables des deux côtés, ce qui permet de créer des conflits super intéressants !

Xavier Dorison : C’est vrai. Dans le fond qui a raison ? Au début, j’ai tendance à dire les mineurs. Mais il y a l’otage ! Et à partir du moment où la vie de cet otage est en jeu, les arguments des mineurs restent recevables, mais pardon, ma sympathie va à l’otage innocent !

Une fois le premier diptyque achevé, nous aurons fini de traiter cette question « marxiste» de la possession des moyens de production. D’autres thèmes nous intéressent et chaque cycle devrait donc s’ouvrir sur un nouveau sujet, pas forcément marxiste [rires].

Malo Arnold, le 05/02/2015

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