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Quand les Monsieur Madame embarquent sur le Tardis

Auteur(s) :
Adam Hargreaves

Son père est l’origine d’une série jeunesse ayant bercé des générations d’enfants, il a décidé de faire rêver les prochaines. Adam Hargreaves nous raconte les motivations qui l’ont mené à reprendre et enrichir les Monsieur Madame en les mêlant notamment aux héros de Doctor Who !

Un héritage à faire évoluer

Comment êtes-vous venu à la littérature jeunesse ?

Adam Hargreaves : Après l’école, je suis parti étudier les métiers de l’agriculture, et j’ai travaillé dans de nombreuses fermes pendant quelques années. Puis est venu malheureusement le décès de mon père. Ma mère avait besoin d’aide pour maintenir à flot les affaires de Monsieur Madame, notamment du côté créatif. Je suis donc venu lui prêter main forte, et c’est là que mon implication artistique a commencé.

J’ai toujours dessiné étant enfant. C’est une sorte d’héritage que je tiens de mon père. Mais je n’avais jamais pensé poursuivre une carrière dans l’illustration. Ça fait maintenant près 29 ans que j’ai repris le flambeau, et continue de développer l’univers de mon père.

Mais pour une implication de si longue date, il faut aimer cette série…

Et je l’adore en effet ! Mon père a eu une idée géniale en lançant ce projet. Mon plus grand regret est d’ailleurs de ne pas en avoir davantage parlé avec lui. Ce que j’adore surtout dans les Monsieur Madame, c’est la partie illustrative. Je suis meilleur en dessin qu’en écriture. Cela m’a pris beaucoup de temps avant que je ne me sente à l’aise dans cet exercice et crée mon premier personnage (en 1999). Depuis trois Monsieur et trois Madame se sont ajoutés à la longue liste de personnages, avec en plus une Madame Inventrice, que j’ai terminé récemment.

Il y a même cette série croisant l’univers de Monsieur Madame et Doctor Who. Comment cette idée surprenante a-t-elle été lancée ?

Le projet a été impulsé au départ par Sanrio, l’entreprise qui détient maintenant les droits sur la série Monsieur Madame depuis 2004 et la BBC qui détenait les droits sur Doctor Who. Toutes deux m’ont approché afin de savoir si je voulais y participer. Je vous avoue qu’au départ j’étais pas mal abasourdi, car j’avais du mal à voir comment ces deux univers pouvaient se mélanger. Les albums de Monsieur Madame s’adressent aux enfants tandis que Doctor Who parle plus aux adultes.

Je pense qu’unir ces deux mondes était l’occasion de faire connaître les aventures du Docteur à un public plus jeune, bien que moi-même je regardais Doctor Who étant enfant. Mais ça remonte aux années 70, donc il m’a fallu faire un grand retour en arrière pour rattraper le retard et me faire une idée des générations des Seigneurs du Temps qui ont défilé depuis.

Une impressionnante galerie de personnages, créatures, planètes et d’histoires s’est formée dans la série Doctor Who. Comment vous-êtes vous arrangé pour faire rejaillir toute cette richesse en quelques albums ?

Chaque album se concentre sur un Docteur et les méchants emblématiques de la série. Le plus compliqué restait le choix des compagnons, tous les Seigneur du Temps en ont eu pas mal à leurs côtés. Heureusement les décisions ont été aiguillées par des personnes de la BBC qui savaient bien lesquels étaient les plus populaires. Ils m’ont donné quelques pistes scénaristiques, et j’ai utilisé tout ça pour le transformer une histoire typique de Monsieur Madame.

Réinventer graphiquement tous ces personnages était l’aspect le plus intéressant.Le Quatrième Docteur, incarné par Tom Baker, est celui que j’ai préféré dessiner, déjà parce qu’il a marqué mon enfance, et aussi parce qu’il était le plus facile à caricaturer avec son grand chapeau et sa longue écharpe. La plupart des Docteurs sont reconnaissables par des tenues, contrairement aux Monsieur Madame. C’était là un sacré défi, car il fallait façonner chacun des héros sans m’appuyer sur des éléments vestimentaires, et me reporter sur les accessoires ou des caractéristiques physiques comme le nez ou les cheveux. Le plus difficile à dessiner était le neuvième Docteur, interprété par Christopher Eccleston, qui avait des cheveux très courts et aucun autre trait à souligner.

L’imagination enfantine comme source d’imagination

Mais finalement, n’y aurait-il pas quelques points communs entre Monsieur Madame et Doctor Who ?

Il y a en effet quelques similitudes. Tout d’abord, les deux séries sont de véritables institutions en Grande-Bretagne ! Ensuite, même si le degré n’est pas le même, on retrouve ce même humour anglais aussi bien chez mon père que dans les dialogues de Doctor Who. L’humour a été important pour cette adaptation car il m’a aidé à simplifier des aspects complexes de Doctor Who, comme le concept de voyage dans le temps qui n’est pas forcément à portée des plus jeunes. Et puis, les deux séries mettent en avant des très fortes personnalités. Par exemple, en écrivant l’histoire du Premier Docteur, j’avais l’impression de redécouvrir un nouveau Monsieur Grognon ! [Rires]

Les deux séries réunissent aussi chacun une grande communauté de fans…

J’ai remarqué que les fans de Doctor Who étaient particulièrement vifs en effet [Rires.]. J’étais très attentif à leurs retours, notamment lors de nombreuses soirées de lancement. Finalement, j’ai eu pas mal de réactions positives sur cette adaptation. Ce qui a été surtout sympa, c’est de constater que les plupart de fans, étant adultes, pouvaient acheter les albums afin les lire à leurs enfants, voire leurs petits-enfants. Parler d’héritage serait un bien un grand mot, mais ça permet de ainsi perpétuer ce divertissement auprès des jeunes générations.

Vous travaillez dans la littérature jeunesse depuis un bon moment. Quel regard portez-vous sur ce milieu ?

C’est un secteur qui a encore de beaux jours devant lui… Travailler dans ce milieu m’a notamment permis de développer un personnage du nom de Molly Mischief, dont le premier tome est paru en août en Angleterre. Il s’agit d’une petite fille qui adore réaliser les idées qui germent dans sa tête, quitte à faire des bêtises ! Elle me fait un peu penser à mon fils, qui adorait se déguiser en Batman et prenait son rôle au sérieux ! [Rires.] Avec Molly Mischief, je voulais rendre hommage à cette force d’imagination qui habite les enfants dès le plus jeune âge. Ce qui est génial d’un point de vue narratif, car je peux explorer n’importe quel sujet, et ajouter ma touche d’humour et de folie.

Pourquoi avoir choisi une fille pour incarner ce caractère malicieux ?

Mon premier enfant est une fille et je voulais absolument écrire une histoire pour elle. Depuis, de nombreux de mes projets avaient pour protagoniste une fillette, et l’idée de raconter les mésaventures d’une gamine un peu casse-cou m’est venue naturellement. D’autant que je trouve important de faire surgir de fortes personnalités féminines dans la littérature jeunesse, qui est pour les enfants l’un des premiers reflets du monde dans lequel ils grandissent. Le tout en les divertissant !

Mis à part cette nouvelle série, d’autres projets ?

Pour l’instant, j’attends le retombées des douze histoires, plus une spéciale Noël unissant l’univers Monsieur Madame, et Doctor Who. Avec l’arrivée de la nouvelle Docteure, peut-être les éditeurs voudront lui consacrer un album. À côté, je reprends un peu la peinture, une activité que j’avais un peu délaissée depuis que je continuais la série Monsieur Madame. J’espère avoir plus de temps libre pour m’y plonger, et découvrir une nouvelle facette de ma créativité.

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Commentaires (1)

Superbe interview... J’ADORE !! Il va falloir d’Ailleurs créé la série dans la base de données ... un peu de taff !!

Posté le 16/11/2018 à 23h49