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Lorena Canottiere ou la quête de la vérité

Auréolée du Grand Prix Artémisia, Lorena Canottiere, a accepté de nous rencontrer pour nous présenter son très bel album Verdad. Elle nous en dévoile la toile de fond entre la guerre d’Espagne, recherche de vérité et le Monte Verita.

Quel est votre parcours ?

Lorena Canottiere : J’ai étudié dans une école de bande dessinée car j’aime beaucoup trouver le juste rythme narratif entre le dessin et l’écriture. Quand j’en suis sortie, c’était une mauvaise période en Italie. De nombreux magasins de BD et maisons d’édition avaient fermé. J’ai donc commencé à faire de l’illustration. J’ai pu revenir à la bande dessinée, quand la BD d’auteur a été relancée en Italie, il y a quelques années maintenant !

Avant, j’avais créé deux petites histoires mais ce n’était pas possible de les éditer professionnellement, car il n’y avait que Disney qui continuait à éditer... Mais la BD, c’est vraiment ce que je veux faire. Les illustrations, c’est un autre travail pour moi. Ma passion, c’est de raconter des histoires grâce à la BD.

Comment vous est venue l’idée de Verdad ?

Ça a été long, j’ai travaillé quatre ans ! Au début, j’avais une autre histoire en tête, avec deux personnages qui ont vraiment existé, vers 1900, et qui appartenaient au parti communiste révolutionnaire. Ils veulent aller au congrès de la Troisième Internationale à Moscou et prennent un bateau clandestin vers la Russie mais se perdent. Arrivés très en retard en Russie, ils sont emprisonnés tout de suite...

Cette histoire me plaisait mais quand j’ai commencé à me documenter, j’ai découvert qu’un de ces personnages était antipathique ce qui me posait problème. J’avais du mal à prendre de la distance et j’ai besoin d’aimer mes personnages. Je me suis donc tournée vers Verdad, un personnage que j’aime.

L’aspect historique est très présent dans Verdad. Est-ce que l’Histoire est le point de départ de tous vos récits ?

Pas forcément. Avec Verdad, je voulais raconter l’histoire des deux personnages principaux qui m’ont été inspirés par une chanson d’un groupe italien des années 70 : Le Pont d’Odessa. J’aimais cette chanson mais le texte était mystérieux pour moi. Je ne le comprenais pas donc j’ai contacté le contrebassiste du groupe qui ne le comprenait pas non plus ! [Rires] J’ai donc inventé une histoire assez rocambolesque à partir de ce que j’imaginais.

Comment vous est venu le sujet de Verdad ?

La guerre d’Espagne était une urgence pour moi : j’avais vraiment envie d’écrire dessus mais je la découvrais. Je me suis beaucoup documentée car je connaissais le sujet mais pas complétement. Je crois que j’ai eu autant besoin d’en parler parce qu’il y avait des gens en exil qui laissaient tout et partaient se battre pour des idées. À Barcelone, à ce moment-là, on refusait les sous, la propriété privée et le pouvoir qui sont les bases de la société contemporaine. Je trouve qu’il y a une connexion entre le franquisme et l’actualité.

Vous vouliez défendre le thème de la vérité ?

Oui, Verdad, qui signifie Vérité, fait le lien avec Monte Verità, une communauté libertaire qui proposait une façon de vivre différente vers 1900, qui m’intéressait. A cet endroit est née la danse contemporaine ainsi que beaucoup de courants de pensée. La guerre d’Espagne et Monte Verità ont posé des bases pour tout un parcours culturel à partir du début du XXe siècle. Et ces bases sont encore présentes actuellement !

Le personnage principal s’appelle Verdad, mais elle n’accepte aucune vérité et doute toujours. Un concept qui me plaît énormément, l’esprit de ma vie en somme.

Verdad évolue comme une tache jaune dynamique tout au long de l’histoire.

Oui, les couleurs de Verdad ont été inspirées des sérigraphies de l’époque dont j’ai voulu reconstruire l’ambiance. Je pense toujours à l’histoire quand je choisis la technique ou la palette de couleur, c’est réfléchi mais pas rationnel. A l’intuition !

Est-ce que les cases sans texte sont une façon de traiter la vérité en se méfiant de la parole ?

Oui ! Dans les pages avec la légende de la Renarde, il y a aussi un changement graphique : les textes ne sont plus écrits de la même façon. J’avais besoin de ce changement pour faire un parallèle entre le monde des humains, la civilité, les règles et le monde des animaux, le monde sauvage qui cohabitent en nous.

Verdad combat cette dualité entre le sauvage et le civilisé. C’est cette dichotomie entre le sauvage et le civilisé qui me permet de me projeter dans un travail qui traite du sentiment de panique, d’attaque, d’angoisse et de la lutte entre ce que nous sommes et notre côté sauvage.

Votre prochain projet portera sur cette thématique ?

Oui, mais il y en a beaucoup. [sourire] Je suis en train d’écrire et dessiner une histoire, sur la communication. Il y aurait, cette fois-ci, trois personnages dans des périodes différentes.

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