culturebd - La culture a son image

Quand la BD entre dans la danse

Quand la BD entre dans la danse, vraiment ? Ce duo s’avère plutôt inattendu puisque la BD se lit au fil d’images figées alors que la danse est l’art du mouvement par excellence. Pourtant le neuvième art ouvre souvent sa scène à Terpsichore, la muse de la danse, pour un pas de deux qui prend des formes variées et se lit à tout âge…

Petite danseuse pour grand succès jeunesse ?

Quand l’art de la danse s’invite dans la littérature pour les petits, c’est souvent pour des séries ornées de rose et de tutus destinées aux jeunes filles. Qu’elles soient humoristiques, comme Studio Danse, ou tirées de romans à succès, comme Danse !, ces BD mettent souvent en scène de gentilles héroïnes, l’opposition entre la danse classique et le hip-hop, les premiers émois amoureux mais aussi les coups bas des autres élèves de l’école de danse.

Extrait du tome 1 d'Emma et Capucine

Extrait du tome 1 d'Emma et Capucine

Heureusement l’art du mouvement a aussi le droit à des séries où le graphisme est plus nuancé, comme Emma et Capucine. Si l’aventure des deux sœurs reprend les codes du genre, elle s’ancre davantage dans la réalité. Pour écrire son scénario, Jérôme Hamon a placé un de ses héroïnes à la prestigieuse Ecole de Danse de l’Opéra de Paris, qu’il a visitée et sur laquelle il s’est documenté. Grâce au dessin rond de Lena Sayaphoum et des personnages plus fouillés que d’ordinaire, cette série pourrait devenir une sorte de pendant français Subaru, Danse vers les étoiles.

Couverture du premier volume de Subaru

Couverture du premier volume de Subaru

Cette série manga met aussi en scène une jeune apprentie danseuse, Subaru, mais la jeune fille doit composer avec la mort de son frère à qui elle racontait sa journée en dansant... Contrairement à ce que son nom laisse à penser, cette série très documentée sur de nombreux genres de danse s’adresse aux adolescents plus âgés. Et son succès au Japon fut tel qu’elle a été adaptée dans un film live.

Quant aux parents qui pensaient que les séries de danse étaient réservées aux jeunes filles, Le Chant des souliers rouges fait un joli pied de nez aux stéréotypes de genre. Cette série s’ouvre sur un échange de passions, une jeune fille ose se mettre au basket pour s’y épanouir tandis qu’un jeune homme hésite à franchir le seuil d’une école de flamenco... où il s’épanouira peu à peu.

Oser la danse pour les adultes ?

Si les séries jeunesse osent mettre la danse au cœur de la vie de leurs héros, la BD pour ado-adultes l’ose quand il s’agit de biographies. Pour mettre en BD la vie trépidante de Joséphine Baker, José-Luis Bocquet et Catel n’éludent ni son rôle fascinant de meneuse de revue dans les années folles ni son engagement féministe dans leur album de plus de 550 pages.

Se contentant d’un format plus modeste, Julie Birmant et Clément Oubrerie ont mis en scène la vie et la danse d’Isadora Duncan, pionnière de la danse contemporaine. Avec Il était une fois dans l’Est, ils racontent comment cette danseuse américaine amoureuse de culture grecque se retrouve à danser devant Lénine quelques années après la révolution bolchévique... Avec Isadora, ils récidivent avec les débuts d’Isadora Duncan à Paris dans les années 1900, avec toujours autant de vitalité.

Si l’autobiographie en BD jeunesse a été aussi tentée par l'étoile très médiatique qu'est Marie-Claude Pietragalla, mieux vaut lui préférer la biographie romancée qu’est Polina. Bastien Vivès y explore l’apprentissage et le chemin atypique qu’a suivi l’étoile internationale Polina Semionova. Un récit en noir et blanc aux lignes de corps parfois fantaisistes mais à l’émotion intacte.

Extrait de Polina

Extrait de Polina


De la biographie à la fiction, il n’y a qu’un pas, que la BD a sauté allégrement même pour les BD destinées aux adultes. On y retrouve des personnages principaux qui sont des danseuses, comme dans Oh les filles ! mais aussi des scènes de danses plus ou moins mises en avant. Alors que dans l’album Tango de Corto Maltese, il y a bien une scène de danse de trois pages, le tango n’y occupe pas une place centrale puisque Corto passera bien plus de temps à regarder la Lune...

Extrait de Gran Cafe Tortoni (page hommage à l'album Tango de la série Corto Maltese)

Extrait de Gran Cafe Tortoni (page hommage à l'album Tango de la série Corto Maltese)

Alors que son nom n’évoque pas la danse aux non-initiés, Gran Cafe Tortoni met, lui, l’art du tango et toutes les pratiques artistiques liées aux milongas en avant. On y croise pêle-mêle tangueros, chanteurs, accordéonistes et acteurs mais le tango s’offre une place de choix dans ce récit choral. Plus subtil encore dans l’évocation de la danse : le polar Gramercy Park, où l’héroïne est une ancienne danseuse étoile qu’on ne verra jamais sur scène mais dont le fil d’or des chaussons servira d’élément clef à l’intrigue... Preuve que la danse a de beaux jours devant elle dans le neuvième art, quel que soit le public auquel la bande dessinée est destinée.

Pour aller plus loin

Haut de page

Commentez

1200 caractères restants