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Vie privée : l'Homme face à la machine !

Vivre en marge pour fuir la surveillance...

Vivre en marge pour fuir la surveillance...
© Emilie et Simon, Delcourt, 2014

Nous sommes suivis à la trace : aucune donnée n’est protégée derrière les écrans de nos ordinateurs, de nos smartphones, chaque caméra de vidéosurveillance nous observe. Le récent scandale de la surveillance orchestrée par la NSA a montré à quel point les technologies ont le pouvoir de nous contrôler. Pourtant, de nombreuses fictions nous avaient d’ores et déjà mis en garde. En BD, MediaEntity, Au Royaume des Aveugles ou encore Spyware, alertent sur les dangers de la circulation des données personnelles.

Anticiper sur papier glacé pour mieux alerter

Lors d'une conférence au festival de science-fiction Les Utopiales, l'auteur de romans Alain Damasio avait expliqué à l'assemblée qu'à son sens, le rôle de la SF était « d'anticiper les possibles dérives technologiques en imaginant le pire, afin de prévenir tout danger ». Un rôle qui s’applique aussi bien à la littérature qu’à la bande dessinée.

Vidéosurveillance : les borgnes sont rois

Poursuivis, traqués. Dans MediaEntity, Au Royaume des Aveugles et Spyware, il existe une constante : nos héros sont contraints de fuir face à une technologie toute puissante. Ils engagent une course effrénée contre un instrument démesuré, capable de les broyer.

C’est le cas de Laurette, dans Au Royaume des Aveugles d'Olivier Jouvray et Frédérik Salsedo. Opposée à un monde où la vidéosurveillance fait loi, où chacun est constamment surveillé, la jeune fille a décidé de passer à l’action armée. Repérée, elle n’a d’autre choix que de disparaître, littéralement. De fuir l’oeil inquisiteur des caméras.

Adil à la recherche de sa soeur disparue.

Adil à la recherche de sa soeur disparue.
© Salsedo/Jouvray, Le Lombard, 2012

Dans cet album, le dessin de Frédérik Salsedo dénonce les sociétés de contrôle. On observe en même temps que la police les différents protagonistes via le prisme d’une caméra. On les suit sur des écrans d’ordinateurs, les observe dans les couloirs des immeubles. Dans cette société vidéosurveillée, la moindre de vos actions est enregistrée, prête à être rediffusée, réutilisée contre vous… un procédé qui n’est pas sans rappeler le fameux 1984 de Georges Orwell.

Mais Laurette n’est pas le seul protagoniste de cette histoire, construite en huis clos familial. Elle est la cadette, qui s’oppose à son père, figure d’autorité et ex-flic, ancien rouage d’un système bien huilé qu’il semble continuer de défendre. Sous des airs de conflit familial, se disputent en réalité deux visions différentes d’une même société et du prix de la liberté.

Et au coeur de ce conflit vient exister un troisième personnage : le frère ainé, Adil. Peu impliqué dans les querelles entre son père et sa sœur, il accepte benoîtement la situation, sans trop la remettre en question... car au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

Identité dérobée

Les personnages du Royaume des Aveugles ne sont pas les seuls à être traqués par des caméras. Dans Spyware de Jean-Claude Bauer et Didier Quella-Guyot, Cham fait lui aussi les frais d’une surveillance accrue.

Cham, l'écrivain dupé

Cham, l'écrivain dupé
© Quella-Guyot/Bauer, Sandawe, 2013

Ecrivain à succès (il en vit, c’est dire), Cham découvre avec stupeur qu’il a signé chez un nouvel éditeur et publié un livre qu’il n’a jamais écrit. La supercherie est tellement efficace que personne ne le croit, jusqu'à sa petite amie, quand il jure ses grands dieux que jamais il n'a écrit le bouquin qui vient de paraître sous son nom.

Son identité lui a été volée et l’auteur sombre peu à peu dans la paranoïa, incapable de comprendre qui pourrait lui jouer un tour aussi pendable. Sa seule certitude est qu'il est surveillé : mails étranges, vidéosurveillance à travers l’œil de la webcam ou les caméras de sécurité, SMS sans expéditeur. L'auteur persécuté est dépassé par une technologie qu'il croyait maîtriser.

Là encore le dessin met en avant la technologie, l'écran, montrant un ordinateur susceptible d'agir seul, au fur et à mesure que le mental de l'écrivain se brise.

On retrouve cette thématique du vol d’identité dans MediaEntity, à un niveau bien plus extrême. Dans cette BD transmédia de Simon et Emilie, la toute puissance des technologies est encore une fois mise en avant et c’est le trader Eric Magoni qui en fait les frais. Il a tout simplement coulé sa banque, lui faisant perdre plus de 5 milliards. Seul problème : il n’y est pour rien… Et sa seule option est de prendre la fuite, aidé par un mystérieux mendiant qui semble tout savoir de sa situation.

Le lecteur découvre à mesure de la lecture que le responsable des malheurs du trader, ainsi que de nombreuses autres personnes, est le réseau social « MediaEntity ». Un peu comme si Facebook, gorgé de nos informations, prenait vie et commençait à agir à notre place.

A travers la course éperdue de Magoni, on découvre une galerie de personnages : les journalistes, éthiques ou non, d'autres victimes, ceux qui ont compris ce qui se passe et enfin ceux qui ont décidé de s'y opposer. Grâce à un dessin hyper coloré et accrocheur, le lecteur entre rapidement dans l'univers, s’attache aux personnages. Découpés dans un format qui n'est pas sans rappeler celui d'une série, les deux albums offrent une intelligente polyphonie narrative : on passe sans cesse d'un personnage à un autre, chacun ayant un rapport différent à la technologie.

L'art de transmettre des fichiers compromettants...

Le dead drop, l'art de transmettre des fichiers compromettants...
© Emilie et Simon, Delcourt, 2014

Et le lecteur plonge avec eux dans leur isolement. Chaque vie est un drame en puissance : le trader est détesté par sa propre femme, une journaliste est brimée par ses collègues quand un autre noie son désarroi dans l'alcool. Seul Willem, l’étrange mendiant au courant de tout, entouré de pigeons, semble savoir ce qui se trame réellement.

Surtout, on réalise avec les personnages qu'ils ont complètement dilué leur identité dans le numérique : le réseau social a pris vie pour mieux détruire celle de ses utilisateurs. En concédant leur identité à une machine dont ils ignorent tout, ils en ont perdu le contrôle.



Trazou, le 24/01/2014

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Commentaires (2)

a commenté :

c'est une réalité bien présente et de plus en plus avec les nouvelles technologies

Posté le 01/02/2014 à 03h03

a commenté :

Le sujet est assez flippant et surtout d'actualité ! Ce sujet est également traité dans le N°2 de la Revue dessinée. C'est une enquête menée par J.M Manach, dessinée par Nicoby sur les écoutes en Libye menées par Kadhafi grâce à la techno made in France.

Posté le 25/01/2014 à 11h17